Aux éditions Flemmarion, je précise.

Après m’être douché dans la salle de bains attenante à la chambre, je m’assis sur le bord du lit, le matelas était légèrement trop ferme à mon goût, et me laissai tomber en arrière, rabattant la couette du côté opposé jusqu’à mes aisselles, la partie supérieure de mon corps adossée à de volumineux coussins, la sensation inattendue d’être allongé et emmitouflé dans une épaisse couette en plein mois d’août, à Lyon, dans une chambre contemporaine équipée d’un climatiseur à haute propulsion, bien que malgré tout, l’envie d’une bière bien fraîche m’étreignit le gosier, moins pour me désaltérer que pour marquer le coup après les sept heures trente de travail, une bécasse ou Grimbergen blanche, ou pourquoi pas une bière locale, ninkasi, je réfléchissais désespérément à ce que j’allais faire, quelle activitée, la lecture au calme, une balade en ville, aller au restaurant, mais je ne parvenais pas à me décider – je semblais déterminé à ne rien décider sur un coup de tête – et je me résignais à l’immobilisme, mon corps fatigué étendu sur un matelas légèrement trop ferme à mon goût, jusqu’au moment où ma Femme entra brusquement dans la chambre avec la ferme intention de m’emmener faire un tour à l’extérieur sans pour autant avoir choisi au préalable si on se dirigerait vers la plage, un restaurant, ou le vieux port, j’enfilai un short et un tee shirt en marmonnant quelque chose d’incohérent au sujet des climatiseurs – avec la vague idée d’accuser l’ère moderne de dénaturer les sensations climatiques d’une région -, j’obtins bientôt l’approbation de ma Femme qui ne voulait pas entrer dans d’interminables discussions, elle me prit plusieurs fois par les épaules pour m’encourager à avancer, ou me pousser énergiquement vers la porte, jusqu’à ce que nous nous retrouvions tous les deux hors de la chambre polaire, dans un long couloir qui débouchait sur un grand salon lumineux à l’architecture contemporaine que nous traversâmes en nous tenant par la main, direction : on verra bien.

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Il prit sa plume de rage et entendit l’encre crier.

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Pénélope, l’araignée
Tissait toutes les nuits
Travailleuse épanouie
Une toile d’or tressée.

Le cafard, François
Qui voulait être roi
Sur son trône le jour
Chiait sur toute la cour.

Il aimait comploter.
Son âme était si noire
Comme celle d’un cabinet
Sorti droit d’une histoire.

Dans son étroit costume
Il suintait les mensonges
Son égo comme enclume
L’arrogance comme éponge.

Les sourcils en bataille
Il voulait guerroyer.
Ecraser la gueusaille
Et écus amasser.

Ses rêves bien trop fous
Son âme si corrompue
Il comprit que l’issue
Serait de finir au trou.

Fillons, ma Pénélope
Dit-il à l’araignée
Avant que l’on nous chope
Et de se faire épingler.

Son envie de tisser
Soudainement passée
Péné fila dare-dare
Avec le cafard noir.

Il n’y a pas de moralité
A cette petite histoire
Tous les gens de pouvoir
N’en étant pas dotés.

Si les hommes politiques sont des corrompus, les hommes poétiques sont souvent des cœurs rompus.

La plupart du temps, ce que nous faisons ne rime à rien. On a inventé la poésie pour essayer de compenser.

Chaque voyage dans la ville d’autrefois me laisse cette douloureuse nostalgie, le souvenir d’un temps où ma parole était libre et impliquée, où je pensais le monde, avec quelques autres, le lundi soir. J’avais l’illusion de pouvoir dénoncer les absurdités, et que quelqu’un entendrait. Je croyais sincèrement que nos réflexions étaient le début d’une pensée politique nouvelle, éthique et citoyenne. Riez, riez… J’ai eu cette jeunesse enflammée, qui maudit les dérives et les politiciens corrompus, et vote après avoir soigneusement lu et comparé les programmes de tous les partis. Est-ce pour cela que ces dernières semaines, je ressens aussi violemment les profondes crises que nous traversons ? Ou parce que mes choix de vies font qu’aujourd’hui, je ne prends plus part aux débats, et ne suis d’aucun parti ? Hier, sur les routes d’Uchon, je redécouvrais le paysage.

Autrefois je trouvais étonnant, ce contraste, entre qui travaille et qui rentier, entre qui patiente pour s’acheter un vélo, et qui reçoit tout sans même argumenter.

Mais cela m’éloigne…

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La nostalgie d’hier, dans le soleil du printemps renaissant, avec ce quelque chose d’abrupt, de violent. L’arbre sans feuille mais qui verdit, colonisé par la mousse. Est-ce le souvenir de ces routes incessantes, le vendredi venu. Nous avions le vent doux, et l’âme vagabonde. Je serrais la main de ma compagne de route. Il est temps, comme un long chemin vers soi, de redevenir celui qui vit, plutôt que celui qui voit. Le monde ne se soucie pas de nous, nous pouvons tout. Silencieux, discrets, nous sommes libres, les invisibles qu’on ne remarque pas. Les heures rétrécissent, et nos rêves s’affinent. Plutôt que de nous trouer l’estomac, prenons la route, le bateau, l’avion et quittons ce monde-là. Explorons les ailleurs, sans plus souci d’aucune loi.

Rêvasser dans les bouchons. Lubrique.

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Comme elle était assise dans la voiture, côté conducteur, la tronche rincée de bourrasques solaires, elle leva une main au-dessus des yeux, moyen astucieux de se confectionner une casquette en chair, en os et en cartilage pour se protéger la rétine, le cristallin et toute la structure globulaire vachement mignonne, structure parcourue de nombreux vaisseaux qui atteignaient des diamètres d’une petitesse vachement démesurée et qui irriguaient l’oculaire en lui apportant l’oxygène et les nutriments nécessaires au maintien architectural du truc, et qui après une brève inspection de la micro-vascularisation de l’œil d’une copine, se révéla être invisible à l’œil nu, chose vachement rigolote quand on pense.

Toujours aussi téméraire, j’envisage d’aller me recoucher

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Je rentrais dans la nuit comme on rentre dans un rêve, un peu angoissé, un peu gauche, un peu méfiant. Je titube sur le trottoir en faisant mine de garder le cap, je ne sais pas trop où je suis mais je m’en fous royalement, je n’ai pas envie de rentrer chez moi. J’ai envie de marcher jusqu’à ce que l’aube vienne effleurer la terre, qu’elle colore l’horizon de ses teintes incroyables, un peu rose, un peu orange et ce dégradé de bleu… Y’a rien de plus beau !

Je fouille dans mes poches et je retrouve un gant en dentelle rouge, je le respire, il sent fort le parfum d’une demoiselle.

Maintenant, je suis dans cette nuit qui n’en finit pas, traversant le Pont Guillotière engoncé dans ma veste humide. Que cette ville est belle ! Je reste un instant dans le froid à attendre qu’il ne se passe rien, puis je décide de rentrer chez moi, le soleil tarde trop à venir.

De toute évidence, le ciel est gris. Je m’en suis rendu compte en regardant au travers des volets quand cette lumière faible et diffuse qui peine à entrer dans ma chambre, s’est troublée de quelques gouttes timides suintantes dans les interstices. Une pluie silencieuse, de celle qui vous laisse moite, claustrophobe. une pluie de septembre, lourde, collante, chiante.

Je remonte ma couette par dessus mes oreilles, tentant de me convaincre que la nuit n’est pas encore finie. J’embrasse mon coussin dans un câlin réconfortant, je sens quelqu’un sous ma couette, je me retourne, j’y trouve ma femme, je respire profondément le bonheur.

Vivons ensemble, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que l’amour nous répare.

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Ton corps est le velours
Sur lequel, un jour
Sur lequel, toujours
Je te ferai l’amour

Ton sexe de dentelle
La nuit le sait-elle
La nuit éternelle
Le verra en étincelles

Tes seins de satin
Du soir au matin
Du soir de mes mains
Espoirs du lendemain

Avec maîtrise insolente
Ma maîtresse indolente
A tracé sur son ventre
Le chemin vers son antre

L’amatrice dilettante
Sur son corps, en attente
Vise mon coeur en plein centre
Et mon sexe pour que j’entre

C’est mon souffle qui la tente
Mes murmures sur sa fente
Ces mots doux qui l’attendent
Et ses mains qui se tendent

Elle gémit, ça m’enchante
Je m’enfonce qu’elle me sente
Il est tentant de la tendre
Il est tant temps de l’attendre.

Une femme, il faut l’enrober de compliments quand elle est habillée pour pouvoir la dérober…

Nous avons mangé comme des rois. Le vin m’a donné cette ivresse légère qui libère des tabous. Vous m’avez souri à table, délicatement caressé le genou au dessert, et embrassée dans l’ascenseur. Nous sommes entrés dans cette pièce vide, passablement excités.

Elle me trouvait trop gentil. J’avais la main sur le coeur, elle la voulait sur son cul.

C’est étonnant comme certains personnes vous marquent. Elles laissent une trace indélébile dans notre âme pour ne plus nous quitter. Il suffit de croiser une photo et on se sent avec elle.

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