J’ai écrit un livre sur la fainéantise. J’attends maintenant qu’il paraisse.

Parmi mes nombreuses névroses, une occupe une place particulière. Particulièrement prépondérante, lancinante et obsédante.  Je ne pense pas qu’il existe un mot tout fait pour la désigner, tant elle me semble diffuse, insaisissable et glissante. Cette névrose, c’est la difficulté à être en un lieu et un instant précis, doublée de la peur de ne pas réussir à l’être.

(Je vous avais prévenus)

L’illustration la plus concrète de cette sensation, la période où elle s’affirme avec le plus de netteté, est celle des vacances.

J’attends les vacances autant que je les redoute, parce que mon plaisir d’y être bientôt est indissociable de ma peur de ne pas y être vraiment.

« Profiter des vacances », qu’ils appellent ça. Mais pour en profiter encore faut-il y être. Moi quand je suis en vacances mon corps part sans moi, ma tête court derrière, essoufflée et grimaçante, effrayée d’arriver à destination trop tard, quand il sera déjà temps pour mon corps de repartir.

Avec le temps, j’ai mis au point certaines parades et saisi au vol quelques prises de conscience. Je sais par exemple que ma tête retrouve plus facilement le chemin quand elle le connaît. Qu’elle aime les endroits familiers parce qu’elle peut s’y projeter, anticiper, et que ce travail en amont réduit la distance avec la destination finale et le temps qu’il lui faudra pour l’atteindre enfin.

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C’est sans doute pour cette raison que j’aime autant l’idée d’une maison de vacances, d’un portail qu’on franchit tous les ans à la même période, d’un grincement familier, d’un lieu que l’on retrouve et qu’on remplit de rituels, d’habitudes inscrites sur les murs, de plus en plus profondément au fil des années. 

Comme je vous le disais plus tôt, La glandouille c’est sacré.

Se balader dans un jardin, et un peu plus loin caché derrière les arbres le fil à linge sur lequel pendent les serviettes.
Les serviettes pliées et posées au bout du lit quand on arrive, et sur l’oreiller un flacon de lavande déposée par moi même parce je connais l’obsession de ma femme pour les odeurs de vacances. L’odeur de la lessive, partout, et celle de ma femmes le soir quand elle sort de la douche.

L’apéro dans le jardin, les derniers rayons du soleil, le bruit du bouchon de Pouilly-fuissé et les yeux brillants de ma femme.

Nos rituels, nos habitudes, encore récentes, mais qui ont déjà le charme de ce qui deviendra familier.
Quatre murs qui portent en transparence la marque fantôme de tous les rituels qu’on inscrira dedans.

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Les murs d’une maison que je regarde, fasciné, devenir pierre par pierre et jour par jour celle dont j’ai toujours rêvé : une maison de vacances pour abriter les souvenirs de ma femme et rythmer ses étés.

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