L’enfance : A moitié rebelle, je fais les 200 coups.

Au grenier, tu as retrouvé ces vieux cartons. Bourré à ras bord de choses inutiles, de « liens avec le passé ». Ce carton, tu l’as rempli des années durant avec tout ce qui a vraiment compté pour toi. Les bons souvenirs comme les mauvais. Avec l’espoir naïf de ne pas te laisser changer.

C’était stupide, bien sûr. Au-delà de la volonté de préserver tes expériences pour ton moi futur, tu pensais pouvoir sublimer cet esprit et cette personnalité qui, tu le croyais, te définissaient ; la matérialisation comme moyen de survie. Les souvenirs perdus de ton enfance, entreposés dans ces cartons, sont désormais silencieux.
C’est peut-être vain, mais malgré tout, tu aimerais donner un sens à cet effort étalé sur près de dix ans. Que faire des miettes de son passé lorsqu’elles ont révélé leur incapacité à te définir ?

Peut-être peux-tu extraire de ces objets suffisamment de contenu pour porter un regard sur ce que tu as été. Ce moi évolué que tu considères adulte saura peut-être se comprendre un peu, maintenant que l’opportunité lui en est offerte.

Les jouets, les photos et les objets hétéroclites s’entassent par épaisse couche. Plongeant tes mains au plus profond du carton et de ta mémoire, tu touches les premiers piliers fondateurs de ta conscience. Quelques jouets, une vieille GameBoy, un livre : rien qui ne compte vraiment, mais à dix ans tu n’avais encore qu’une très vague idée de ce que tu pensais devoir sauver. Tes doigts remontent : tu extirpes une voiture téléguidée cassée. Cette voiture, tu l’avais désirée pendant des mois, réclamée à grands cris. Le jour où tes parents te l’avaient finalement offerte, tu avais eu le sentiment confus que cet objet t’élevait au plaisir. Aujourd’hui, tu prends la pleine mesure de ce qu’a été cet épisode de ta vie : la première affirmation de ta conscience et de ta volonté.

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Tu remontes encore, archéologue perdu dans les méandres de ta mémoire jusqu’a trouver une carte poussiéreuse, avec une simple empreinte de lèvres dessus, et un E majuscule qui se cache dans un coin. Elodie, LA copine. Tes seize ans ont été tes années les plus stupides : les premières pointes de l’arrogance, et avec ça le besoin de montrer au monde entier que tu étais fort. Les premiers regrets quant à ton comportement de l’époque ne te sont venus que plus tard ; et plus tard encore, l’acceptation de cette période comme une partie de toi. Assimiler pour avancer.

19 ans. Les premières vraies angoisses scolaires, les premières grosses fêtes, les premières ivresses. Ta confrontation aux drogues, mais tu n’as jamais sauté le pas, hein bien sûre! L’influence de tes parents, de ton éducation, et la peur instinctive qui s’était développée au fil de consignes de sécurité que l’on te matraquait. De cet âge, seules témoignent quelques photos cornées.

A la strate des 23 ans, Une femme, des femmes… tu sens encore une larme perler sous ta paupière. Tu avais très mal vécu certaine séparation, et tu sens que la blessure n’est pas complètement refermée. Les souvenirs intenses s’attachent aux murs de cette ville. Tu reposes les photos.

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Très peu d’objets ensuite. Un livre jauni : Voltaire. le dégout pour la littérature. Un boîtier de DVD : Tarantino. Ta découverte du cinéma. Est-ce vraiment la culture qui t’a fait mûrir ? Ton identité n’est-elle composée que de bribes de souvenirs et des échos de tes œuvres préférées ? Tu espères que non. Et pourtant… Pourtant tu te sens seul avec toi-même. Tu n’as pas l’impression d’avoir progressé. Agenouillé devant ce qui représente les moments les plus marquants de ta vie, tu n’as pas l’impression d’avoir vécu. Les fantômes du passé ne te tourmentent pas, et au fond, tu trouves cela pathétique. Tu refermes le coffre. La lumière qui filtre à travers le vasistas te fait comme une auréole. Tu ne la vois pas.

 D’un pas lourd, tu redescends l’échelle et tente d’oublier qu’au-dessus de toi les morceaux brisés de ton enfance se sont éteints.

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