On voit les yeux des chevreuils qui brillent dans la forêt le long de la route : Nos Roadtrips.

Je me suis posé là, parce que j’y suis bien ; ici, sur ce bord d’océan, comme si l’immensité des terres qui me tournent le dos, me donnaient un sentiment d’étouffement.

L’océan me permet l’évasion. Je me sens plus libre dans l’illusion plate et calme de l’océan qui cache une violence extrême. Plus à l’aise que dans les terres mouvementées, cassées, irrégulières, finies. Ça doit être cette apparence lisse qui me confère un apaisement total. C’est un sentiment étrange car je voyage rarement à l’océan, mais jeter des regards derrière la ligne d’horizon, c’est déjà un voyage en soi.
ocean
Il y a bien eu cette ville grouillante, bruyante, et sale quand je n’étais alors qu’un étudiant et je n’en retiens que les bâtiments grisés par l’ennui, le ciel d’amertume qui remplissait les bistrots, et un accent étonnant. Et puis, je suis sur Lyon, je n’y vois que des rues noircies d’humains rigides et froids, une population souterraine qui ne trouve son salut que sur les pelouses des parcs bondés quelques mois seulement, aux beaux jours. Là-bas, le même goudron qu’ailleurs, les mêmes routes pointillées, normées, nommées. Mon vide liquide m’avait manqué.

Je pense à mes vagues et aux embruns que j’aime tant respirer, je pense à ces voyages aussi car aujourd’hui, me voilà à nouveau sur la route. Il me faut partir à Rome, en Corse…. pour la Glandouille. Je n’y suis jamais allé, alors je fonce !

Mes dernières vacances, je m’en éloigne, j’ai vu au loin les silhouettes imposantes des alpes qui se dressent avec sévérité. La voilà donc cette fin du monde. Les montagnes s’effacent discrètement derrière la brume alors qu’elles m’observent pendant que je les traverse. Penaud, j’ondule sur leur flanc en Dada_Mobile_SW, insecte minuscule grimpant sous les jupes de ces géantes de pierre, elles ne me pardonneraient pas l’affront d’une quelconque insolence au volant, d’ailleurs, je me sens si petit qu’aucune autre attitude ne me parait plus convenable que celle de l’humilité.

Bientôt, elles disparaissent dans mon dos et je peux mépriser du regard les plaines agricoles
eloqui s’étalent à leurs pieds et dont les tracés géométriques me filent la nausée à moins que ça ne soit la route sinueuse sur laquelle je m’ennuie.Je languis de retrouver le chaos de l’océan et son air iodé, le vent qui siffle dans les cordes des bateaux amarrés, les mouettes fouineuses, le marché aux poissons, la pêche à pied…

Je suis mon propre naufrage, je chavire dans un univers pourtant stable et solide, les chevilles comme la houle se dérobent sous l’émotion quand je vois Elodie qui tranche son visage d’un sourire quasi permanent et dont les yeux plissés retiennent en otage la mélancolie qui voudrait s’emparer de moi. J’ai des besoins simples, elle et les roadtrips.

Je pense trop, tout le temps, à n’importe quoi, à tout ce qui me reste à faire, à ma vie d’angoissé. Si elle était là, elle me dirait de me calmer. Ca me fait fermer les yeux et dans l’ivresse d’elle, je quitte la terre, l’océan et bien plus, les nuages…

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