Moi en ville, comme un homme ?? la mer.

 

Un matin d’hiver, le même décor qu’hier.

Des ponts métalliques surplombent de vieux murs tagués, noircis par la pollution ambiante sur lesquels une nature sauvage et envahissante s’accroche péniblement.

Enfermé dans mes écouteurs, j’observe la monotonie, le vide d’humanité .


J’ai laissé le souvenir de son corps chaud et délicat entre deux sièges, mais des souvenirs de caresses viennent encore se glisser sous mes doigts. J’inspire discrètement comme si mon nez était plongé dans son cou, et en expirant lentement, des volutes d’affection s’échappent dans l’air avec toute l’épaisseur de leur futilité et de disparaître dans les rues remplies des voyageurs de banlieue.


J’essaie de ne penser à rien, et j’y arrive très bien. Ça me permet de tenir le coup, faut vraiment que je laisse le travail au travail, c’est indispensable, enfin, ça c’est ce que je me dis, alors j’intériorise.

 

 

 

Nous sommes tous agglutinés devant la porte de l’ascenceur à attendre qu’elle s’ouvre. Je me fais marcher sur les pieds, je pense à mes chaussures en cuir que j’ai ciré la vieille au soir, ça m’agace mais je ne dis rien car je suis concentré, comme dans une transe hypnotique, mon corps appartient au quotidien, il sait ce qu’il doit faire, où il doit aller, automatisme du trajet. 

 

Aujourd’hui, des larmes m’attendent dans mon bureau. C’est fini pour moi, je pense toujours à elle. Je sais déjà ce que mon chef va me dire, je vais en prendre plein la gueule certainement, j’ai été formé à être confronté à ce genre de situation avec des clients, donc, je resterais impassible. La décision est prise et il ne reviendra pas dessus. 


Au début, je voulais être manager pour faire plus dans “l’humain”, gérer du personnel comme on dit, me sentir plus impliqué dans l’entreprise… Je ne sais plus à quel moment je suis devenu un glandouilleur…

J’entends le bip distinctif qui m’annonce l’arrivée d’un SMS dans mon  vieux BlackBerry. Aussitôt, le profil d ‘une demoiselle s’affiche sur le petit écran. Je l’efface d’un revers du doigt, ce visage, je le connais par cœur. Frêle de ma matinée, j’avance ma lecture maladroitement assuré, histoire de bien comprendre le contenu. Mes yeux sont rouges et  ma voix est un peu nasale, elle vas sûrement me faire pleurer. 


Retour à la réalité du bureau: 

« Les managers et moi même avons remarqué les difficultés que vous rencontriez quant à la réalisation de la tâche qui vous incombe dans votre poste actuel. Et surtout, des enregistrements ont capté de plus en plus de mots clés que vous avez prononcé dont la teneur démontre votre désengagement jusqu’à déclencher l’alerte “mutin”, d’où votre présence ici. »


Il a sorti ça froidement, machinalement, il n’est  que le prolongement du système, le bras de chair de ses machines espions que l’amendement de 2012 à autorisé. (oui, c’est si bon d’en rajouter)

 

 

J ‘ai maintenant l’air d’un enfant abattue à qui on fait la moral. Je me lève et quitte le bureau, les épaules basses, les jambes tremblantes. Je me lève afin d’ajuster mon costume. Dans le miroir, un visage fuyant. Mon regard se concentre sur le nœud de cravate ou sur mes cheveux, petite gymnastique de lâcheté ordinaire, je prends bien soin d’éviter mes yeux, je sais trop ce qui s’y cache.

Je me rassois dans mon siège, les mains posées à plat sur mon bureau de  bois, je ferme les yeux un instant, je sais que mes collègues m’observent alors je ne m’éternise pas. Garder le contrôle, toujours !  

 

Je m’apprête à faire mon compte rendu.  La noiceur du bâtiment, cette lumière constante  de néon, aseptisée, censée nous apaiser, à quelque chose d’inquiétant, d’étouffant, je me mets à rêver de  campagne, de verdure, d’une amie… Envie de terrine de sanglier, de son gateau au chocolat, de voir la nature. Ici tout est lisse et polué, c’est pour ça que j’aime tant  mes W-E sauvages. Le matin avec cette ville massive grouillante de saleté, de couleurs sales, de ruelles sombres, d’odeurs diverses, ces w-e me change,j’apprécie le diffuseur naturel de la forêt d’Uchon, qui encense nos souvenirs dans lequel les images sont gravés à jamais. Tout est tellement sale que j’ai des envies de laver cette ville, c’est dire !

La petite lumière rouge qui clignote dans le coin de mon  téléphone me signale que j’ai un nouveau sms   … c’est  « ma princesse de Lu » en personne. Je me reprends,  ma dose est servit,  je lui réponds avec un délicat plaisir.

//petite fiction

 

 

 

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