coccyx

Stret

Je vole, roule, me relève, superbement. Les oreilles des badauds résonnent encore du bruit des pneus sur le bitume lorsque leurs yeux s’emplissent de stupéfaction. Ils s’arrêtent. L’homme qui a manqué de me tuer est d’abord rassuré de constater que je me dirige vers « ma board » sur mes deux jambes. Puis, se remémorant mes deux gracieuses secondes dans l’espace, il plonge dans un lac d’admiration ; la sincérité avec laquelle il me dit vous êtes vraiment super bien tombé, vous auriez du voir ça. Je n’ai pas le coeur de répondre « ta gueule super bien tombé, c’est limité à trente ici, vous déboulez comme ça ». En vérité, j’ai beau faire, je ne suis pas de ces personnes qui méprisent ceux qui les admirent. Je souris modestement, et dis : « y pas d’mal ». Simplement ya pas d’mal. Et tandis que je m’éloigne sur « ma board » en tremblant, j’ai conscience d’offrir un joli souvenir à l’imprudent qui ne le méritait pas (mais que voulez-vous). Plus tard, à l’heure où ses enfants lui demandent de mimer une dernière fois la chute incroyable, car il est l’heure qu’ils aillent au lit, je reviens à l’angle de la rue Félix Faure  et de la rue Baraban. Et moi au petit matin, je ramasse mes peurs, je m’assieds sur le trottoir pendant un long moment. Enfin, je prends des mesures en vue l’installation d’une plaque commémorative qui portera cette inscription : ci ne gît pas David.

 

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