Le service client :

 

         On a tous une petite anecdote di
gne de figurer au programme de « Confessions intimes » ou, encore mieux, de « Striptease ». La mienne m’est revenue récemment. Je m’arrête là pour la contextualisation.

À l’époque des faits j’avais exactement 22 ans et je faisais des extras en tant que vendeur dans une enseigne d’électroménager afin de gagner un peu d’argent de poche. Cette journée de début Juillet était bien calme et plutôt ordinaire. J’attendais le rush de fin d’après-midi. J’officiais dans un rayon entièrement dédiés aux accessoires.

Un femme d’une cinquantaine d’années se présente à moi. Elle est d’apparence très modeste, pas très apprêtée et visiblement sans activité professionnelle car l’heure du déjeuner est passée depuis pas mal de temps… ce n’est qu’une supposition. Ce qu’elle veut : des petites enceintes amplifiées et des piles (format LR6 ou AA). Je comprends rapidement qu’elle n’a pas un budget énorme mais aussi qu’elle n’y connait rien. Deux possibilités : je lui refourgue le modèle le plus cher pour faire du chiffre (ce ne sera pas très difficile de lui faire comprendre qu’on a que ce modèle là pour elle) ou j’essaie de trouver un produit qui lui permettra de ne pas taper dans son livret A et de jouer au loto cette semaine. J’opte pour la deuxième solution, comme souvent. Et oui je n’étais pas un très bon vendeur. La vente se conclue et je procède à l’encaissement. Je te mets tout ça dans un sac, le ticket de caisse « à conserver madame, il fait office de garantie et blabla, merci au revoir ! ».


 

          Au lieu de partir, cette femme se place sur le côté du comptoir et commence à me parler de manière plus discrète. Elle m’explique qu’elle ne sait pas comment tout cela fonctionne et qu’elle aimerait bien que je lui fasse la démonstration… car elle a avec elle le lecteur mp3 qu’elle vient d’acquérir dans un rayon voisin. J’aurais pu la renvoyer à sa notice mais comme j’ai le temps, j’insère les piles dans son lecteur et je branche les mini-enceintes sur la prise casque du même appareil en lui expliquant qu’il n’y a plus qu’à « mettre la musique dedans et blabla, merci au revoir ! ». En fait je n’ai pas vraiment le temps de finir ma phrase… elle me montre son sac FNAC et en sort un CD 2 titres. Elle me fixe avec un regard triste qui veut dire un truc du genre « vous me comprenez ? Ça n’existe pas en K7 et je n’avais pas de lecteur mp3 ». Je prends le single dans mes mains et je vais pour le déballer… tout en comprenant alors que ce disque, sorti le jour même, est la raison de ses achats !

 

 

       Je mets le CD dans un windows qui survie

comme il peux, j’allume les enceintes et 

j’appuie sur le bouton lecture. « Ne me parlez plus d’Elle » de Garou. Les yeux de la femme pétillent, se remplissent d’émotions, ceux de mon collègue sont rieurs et les miens sans doute ailleurs, en pensant à une Rouennaise. Je me sens un peu désemparé, seul au monde. J’ai cette impression que tous les clients s’arrêtent pour observer la scène et j’imagine cette femme seule chez elle écouter la chanson en boucle et sans doute pleurer la disparition de son amour. Je suis partagé entre ce petit service rendu à cette femme, qui me fait plaisir intérieurement, et l’immensité de l’effort que cela représente pour elle. Qui sait, peut-être a-t-elle ré-écouté « Ne me parlez plus d’Elle » et écrasé sa petit larme ?

 

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