BA13

 

Enlever un carrelage mural d’une salle de bain semblait un boulot facile. J’ai vite déchanté lorsqu’on me donna un marteau dont la tête n’était pas fixée. Mais cela n’était qu’un détail. Le précédent propriétaire avait tellement fait un travail de porc, que des mottes entières de plâtre partait en même temps que chaque carreau qu’on retirait. Un de mes amis, qui avait pris soin de s’habiller comme un portugais, a tellement fait le bourrin qu’une surface de mousse de 30cm² apparut après un de ses coups de marteau. Après notre travail, le mur en question ressemblait plus à un vestige syrien qu’à la surface plane qu’on attendait. Le faux portugais qui se tenait à mes côtés prononça la sentence : il fallait acheter du BA13.

 

Si vous êtes normal, vous ne savez pas ce qu’est du BA13. Félicitez-vous en. J’ai cru un moment qu’il s’agissait d’une espèce de pilule de cyanure qu’il nous fallait avaler afin de nous éviter la honte devant notre méfait. Il s’agissait en fait d’une sorte de plaque qui remplace le mur.

 

 Tous en voiture pour l’aventure, et direction le Castorama ! Lieu enchanteur et en chantier par excellence, ce magasin qui pue la sciure est l’endroit favori du père de famille des années 80. Il n’y a ici que des choses inintéressantes au possible, et on ne peut que blâmer les parents qui y emmènent leurs gosses. Comment en vouloir à la petite dernière qui joue dans le rayon robinetterie quand papa reste deux heures devant des planches de bois un papier à la main ? Ordure ! De rayon en têtes de gondoles, on remercie le seigneur de ne pas être passionné par le bricolage : écrou, lambris, perceuse, ciment… tout nous rappelle l’ennui. Seul rayon de soleil dans ce capharnaüm de matériaux et d’outils, les clients qui achètent des objets qu’ils sont les seuls à connaître leur utilité. Le plus souvent coutumiers de la mode jogging/bonnet, ils arborent une bedaine sympathique et le regard perçant de « celui qui s’y connaît ». Il est déterminé dans ses achats, fait style qu’il a réellement besoin de la mèche de 12, mais on ne nous la fait pas. Le dimanche à Casto, c’est sa sortie favorite après le poulet frites du déjeuner. Et il revient chaque week-end.

 

Pour notre part, nous étions plantés comme des cons devant l’immense plaque de BA13, nous  demandant comment s’y prendre pour la mettre dans notre caddy. Une demi-heure après, nous avions les bras écartés pour tenir cet objet de 2 mètres de long qui gondolait, et nous marchions en canard pour essayer de ne pas la péter. Y en a qui achètent des meubles, nous on achète une plaques de plâtre. Une fois dehors, malgré nos efforts, le vent emporta la plaques qui se brisa dans un angle. Pour ne rien gâcher, il nous fallait attacher la plaques sur le toit de la caisse avec des sangles trop courtes et des cordes de balançoires. Nos nœuds de fortunes tinrent bon tous le trajet, même si je dois avouer que nous avons serré nos fions de peur que la plaque s’envolent sur la Nationale.

 

De retour sur les lieux des travaux, j’étais vanné par le stress plus que par la fatigue. Du BA13, putain. J’avais compris pourquoi je n’aime pas le bricolage : pas parce que c’est chiant, mais parce que c’est aussi du Business.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s