Une grosse maîtrise de la langue, un énorme contrôle stylistique et pour ne rien gâcher, un joli petit cul.

campfeu

Au bord du canal, elle et moi, nous tenons debout, à quelques centimètres l’un de l’autre. Nous nous sommes éloignés l’air de rien du groupe d’amis ivres morts. Notre discussion est simplement banale.

Pourtant elle m’a suivie quand je me suis écarté, elle est là, en face de moi, tout proche. Je recule d’un pas pour m’adosser à l’arbre derrière moi. elle s’approche d’un pas. Dans cet espace intime qui n’existe que dans une soirée bondée ou dans un rapprochement amoureux.

A cet instant, ce qui va arriver ou pas n’a aucune importance.
Je suis juste moi. Sans excès. Sans abus.
Moi en Jeans et Tshirt déchiré.
Elle en mini-short et baskets à scratch.
Je n’attends rien.

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Je sens son parfum. Comme je lui dis qu’elle sent bon, elle m’invite à m’approcher. J’approche mon visage, tout près de son cou puis recule de quelques centimètres. elle s’approche à son tour. Nos lèvres s’effleurent. Je recule de quelques centimètres. Nos regards se croisent, nos sourires se répondent. Je m’approche, elle s’approche. Nos lèvres se touchent. Doucement. Chastement. Délicatement.
Elle recule, je m’approche. Encore.
Et nous nous éloignons. Probablement à jamais.
Et ça n’a pas d’importance.

Mon cœur est ailleurs.

Antidaté…de 10 ans déjà !

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Une seule capote vous manque, et tout est repeuplé.

Une femme s’enrobe, sans robe, se dérobe.

La stagiaire poupée s’achète une nouvelle paire de talons qui donne à tout hétéro de base, l’envie de lui attraper les chevilles, de lui écarter ses jambes au maximum et de lui donner le compte.

C’est plutôt signe de qualité pour un nouvel achat, non ?!

Plus humainement, je me demander à quoi peuvent bien rêver les poupées.
C’est une poupée. Une petite poupée au teint de porcelaine, aux lèvres rouges et aux cheveux mal coiffés. Une poupée aux mains abîmées, à force d’avoir été trop souvent chahutées. Une poupée cassée qui a du mal à marcher, tant les cahots de sa vie de poupée l’ont marquée et désaxée.

Comme toutes les poupées, elle arbore un joli sourire distrait, un air absent difficile à cerner, de grands yeux fixes dans lesquels se noyer. Comme toutes les poupées, elle adore les enfants, les animaux, elle les appelle et les attire, les fascine et les fait se retourner. Comme toutes les poupées, elle a du mal à s’exprimer, préférant dire oui ou non sans développer et regardant ailleurs quand on lui demande de s’expliquer.

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C’est si difficile de deviner ce qui se passe derrière le front lisse et blanc d’une poupée. Pourtant, elle m’a donné un aperçu de ses Merveilles. Un univers de dessins et d’images, un univers où les poupées sont brossées au pinceau, un univers où elles s’allongent, grandissent. Un univers où le rire éteint le doute, le jeu étouffe la peine, les baisers soignent les blessures. Un univers où le terrible est tapi derrière le merveilleux, où les nuages ne sont jamais loin du soleil, et où le tonnerre gronde déjà au moment où la brise nous caresse le visage. Un univers où le lapin blanc est impossible à attraper, où les chats sont plus prompts à griffer qu’à sourire, où les reines portent un masque de gentillesse, mais n’hésitent pas à hurler et décapiter.

Elle n’est pas si vieille, pour une poupée, mais son mécanisme est usé. Il lui a fait répéter et répéter et répéter encore les mêmes motifs, les mêmes mouvements de poupée. Toute sa vie de poupée, elle a voulu être caressée et serrée comme une poupée, mais a été éreintée par des gestes trop brusques. Toute sa vie de poupée, elle s’est relevée et s’est fièrement remise en route, jusqu’au prochain cahot sur sa route. Toute sa vie de poupée, sa porcelaine s’est fissurée et ses gestes se sont peu à peu saccadés, jusqu’à en perdre leur rythme et leur sens. Toute sa vie de poupée, elle a obéi à son mécanisme, répondant oui ou non sans développer et regardant ailleurs quand on lui demande de s’expliquer.

Lorsque cette poupée m’est arrivée, j’ai eu envie de la protéger, de la caresser et de la serrer comme une poupée, d’adoucir ses gestes, de recoller les fissures de sa porcelaine et de réparer son mécanisme, pour lui éviter de se détraquer et de continuer à se répéter.

Ne sachant pas quelles pouvaient être ses réactions de poupée, j’ai décidé de lui parler, de lui annoncer à l’avance et en douceur le moindre de mes gestes, de faire en sorte d’éviter de la heurter.

Alors je l’ai caressée, comme j’imaginais qu’une poupée aimerait être caressée, maladroitement, sans trop savoir dans quelle direction avancer. La poupée, désormais mienne, a eu l’air d’aimer. Elle a glissé sa main sous la mienne.

shooo

Alors, je l’ai serrée, comme j’imaginais qu’une poupée aimerait être serrée, et étrangement, son corps s’est coulé contre le mien sans hésiter. Mes mains sur son visage, pour éprouver la porcelaine, mes bras autour d’elle, mon souffle dans ses cheveux de paille, elle sentait le renfermé, comme une poupée qui n’avait pas vu le soleil depuis trop longtemps, mes lèvres sur les siennes, un baiser doux, furtif, léger, un baiser de poupée.

Je ne comprenais plus son mécanisme de poupée, qui la conduisait à répéter et répéter et répéter encore les mêmes motifs. Elle s’est détournée, me considérant sans doute comme un cahot de plus sur sa route de poupée, un cahot qui l’avait désaxée un peu plus, un cahot supplémentaire sur son destin de poupée qui finirait brisée et remisée. Derrière son front lisse et blanc de poupée, le chaos a germé et elle a décidé de dire oui et d’encore se laisser fissurer. Pendant un temps, j’ai voulu la garder, et j’ai déposé devant elle des questions qui appelaient des réponses non fermées. Des locomotives qui appelaient des wagons de mots autres que oui ou non, des points d’interrogation qui appelaient des peut-être, mais, obéissant à son petit mécanisme de poupée, elle a regardé ailleurs, croyant sans doute que je lui demandais de s’expliquer.

Si bien que j’ai saisi la page pour la tourner.

Si bien que, de temps à autre, il m’arrive encore de me demander à quoi peuvent bien rêver les poupées.

Le monde dans la grande machine à délaver.

Un peu à l’écart, au bord de la foule, précédant de quelques mètres l’entrée d’un skate park, se tient David, fagoté comme tout le monde, à ceci près que ses chaussures et sa montre sont de très bonne facture, seul luxe ostentatoire, unique symbole par lequel il s’autorise à marquer sa différence, pour le reste, il utilise le même téléphone apple, le même jogging, le même sweat shirt capuché sur la tronche, une envie de courir sur un bon rythme musical.

La distance entre moi et mon appartement se creuse et à mesure m’éloigne de ma vie présente comme l’aurait fait le temps, je cours, me ramenant en enfance quand avec mon frère on construisait des radeaux miniatures avec des coques en coquilles de noix, des mâts de cure-dents colorés, et des grands-voiles de feuilles mortes.

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Lancées dans un cours d’eau aussi artificiel que la respiration d’un accidenté de la route, nos embarcations propulsées jusqu’au milieu de l’étang, chargées d’un trésor de cailloux, ou d’un capitaine Playmobil, nos constructions de fortune, pareils aux splendides catamarans qui volent au-dessus de l’eau, parce que tous sont le fruit de l’imagination d’un gosse, et tous seront emportés un de ces quatre par la mer démontée ou par un simple vent d’automne.

 

Ma main gauche, pas plus gauche que la droite, mais largement plus adroite que tes pieds, te dit au revoir.

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Hier, les familles faisaient 10 enfants dans l’espoir qu’il en reste quelques un à leur majorité, aujourd’hui on en aime un ou deux comme s’ils étaient 10.

Hier, les familles cultivaient sur des planches, et quand un des leurs était sans rien, la solidarité remplissait le seuil de la porte de fruits et légumes faute d’argent, aujourd’hui les membres d’une même famille se méprisent parfois pour quelques ronces.

Hier, un plat de petits pois avec des œufs était la récompense ultime après avoir ramassé en plein soleil des oignons, aujourd’hui les enfants mangent des glaces à longueur de journée.

Hier, il n’y avait qu’une seule télévision dans la commune, qu’un seul téléphone par village, aujourd’hui il y a plus d’iPhone que d’habitants, plus de voitures que de maisons.

Je n’ai pas connu cet hier, cela fait une semaine que je vis dans cette maison qui ne nous appartient pas. Nous vivons sans réseau entre ces magnifiques murs en pierres épais, décoré avec gout. J’écoute les tantes me raconter leurs souvenirs sur la place du village. Entre cet hier trop rustre et cet aujourd’hui trop tout, il y a eu ce temps de l’insouciance que nous avons tous connu un jour qui lui existera toujours.

J’ai ce pincement au cœur du départ qui approche, la moindre pierre me fait penser aux jours heureux. Je ferme les yeux, je les ramène par ma pensée au moment présent pour les revivre encore un peu.

Je respire l’odeur de mes immortels, demain il sera trop tard.

Cherche jolies courbes pour intersection avec une ligne droite.

Le petit salon regorge de monde, de fumée, de vapeurs d’alcool. Les fenêtres grandes ouvertes laissent s’entremêler le bruit de la rue et celui de la soirée : le vacarme des terrasses des restaurants, mêlé aux basses qui secouent les tripes, au piaillement des vendeurs de roses, à nos rires, au couinement des accordéons et aux éclats de nos voix avinées.
J’ai pris de l’avance. L’alcool me grise. Mes yeux vaudous parcourent l’assistance tandis qu’une dance  commerciale empêche toute conversation sensée.
Je la cadre dès son arrivée sur le radar. Joli minois, sans grand caractère, cheveux courts d’une couleur indéterminée entre le blond et le châtain, avec les pointes qui rebiquent, sans que je sache très bien si c’est naturel ou travaillé. De jolis yeux bleus tristes. Des putains de fossettes. J’aime les fossettes.
La soirée se prolonge. Le bruit est abrutissant. Je passe de l’une à l’autre sans vraiment faire attention à ce qu’elles me racontent. Quelques-unes dansent, le buste fixe, secouant uniquement les mains et la tête, en se cognant les genoux contre la table basse. Je me dandine comme un con en passant à côté, direction le canapé. J’en ai ma claque.
Je me retranche derrière les coussins. Cowboy solitaire, je m’attaque méthodiquement à la fin d’une bouteille. Une demoiselle est assise sur le bras du canapé à ma gauche. Je l’écoute distraitement me raconter sa formidable expérience dans je-ne-sais-quelle-ville-à-la-con en reluquant son t-shirt, qui remonte petit à petit jusqu’à lui découvrir le nombril. Je refrène mon envie de fourrer mon index dans ses bourrelets, lorsqu’elle se lève pour se resservir un verre. Je me détourne vers la droite, au moment même où elle se tourne vers la gauche.rx
Elle me sourit. Elle a l’air douce. Elle a des fossettes. Je lui souris en retour sans découvrir les dents. Je n’aime pas mon sourire. J’essaye de paraître parfaitement sobre. Je suppose que j’échoue lamentablement, mais elle n’a pas l’air de m’en tenir rigueur. Son sourire s’élargit. Ses fossettes se creusent. Ses yeux se plissent. Elle a un joli nez. Un peu grossier. Une jolie patate miniature, toute mignonne.
On échange nos prénoms. Le sien est aussi banal que le mien. Ça me plait. Une liste de diminutifs tous aussi ridicules les uns que les autres m’envahit l’esprit. Je lui demande ce qu’elle fait dans la vie. Elle est musicienne. Elle joue du violon. J’imagine aussitôt son petit menton posé sur un instrument de bois. L’idée me ravit et je ne pense plus à camoufler mes dents. Je ressens une soudaine et irrésistible curiosité envers la vie de sa petite troupe. Elle me dit qu’ils jouent souvent dans les bars avec petite scène sur les quais de Saône. Elle m’encourage et me tourmente gentiment par ses questions. Elle creuse, me demande pourquoi. Je m’emballe. Je brasse l’air et embrasse le lien qui se crée entre nous.  Ca la fait rire. Elle me regarde, boit mes paroles et je me noie dans ses grands yeux bleus tout tristes. J’oublie le temps, les autres, le bruit, j’arrondis le dos, écarte les épaules et nous isole, mes lèvres près de son oreille et les siennes près de la mienne, nos murmures se répondent si bien que personne n’ose venir nous déranger.
Elle me donne la clé de sa tristesse. J’écoute sa solitude, d’autant plus étouffante qu’elle est toute fraîche. Je devine les épreuves longtemps combattues, les difficultés longtemps niées, son épuisement, son besoin de dormir que le froid de ses draps et la violence de ses cauchemars ne lui permettent plus de satisfaire. J’ai envie de lui toucher les paupières, de les clore avec douceur et de virer tout le monde pour qu’elle puisse se laisser aller contre mon épaule. Soudain, les gens qui se frottent les uns aux autres autour de nous m’exaspèrent. Malgré moi, je les vois se trémousser, se regarder lascivement, échanger leurs fluides en hurlant de rire pour couvrir la musique. Je vois les maquillages qui coulent sous la sueur. Les langues qui passent sur les lèvres. Les regards en biais échangés contre des sourires en coin. Elle semble ressentir le même malaise. Elle me dit qu’elle a une répétition tôt le lendemain. Je saisis l’occasion et lui propose de rentrer. Nous attrapons nos vestes et nous dirigeons vers la sortie en ignorant les feulements de notre hôte, qui proteste, ivre morte, à quatre pattes dans le couloir.
Le froid de la rue nous fouette le visage et nous fait glousser. L’un contre l’autre, nous nous dirigeons vers la bouche de métro la plus proche. Les jambes raides, j’ai douloureusement conscience de ma main, qui pendouille bêtement à quelques centimètres de la sienne. De temps en temps, nos doigts se frôlent, et chaque contact semble se prolonger un peu plus que le précédent. Les couloirs du métro sont vides. Nous parlons peu, si ce n’est pour échanger des banalités sur l’heure du dernier train et nos deux directions opposées, jusqu’au moment où nous nous retrouvons sur son quai.rx2
Ses lèvres pleines qui esquissent un demi-sourire. Ses yeux rivés aux miens, qui semblent me percer à nu sans le moindre effort. Le temps suspendu, la perspective vertigineuse des possibles. J’ai envie de lui passer les doigts sur le visage, d’en souligner les courbes avec délicatesse, de la sentir se reposer sur la paume de ma main, de combler ses fossettes de mes caresses, de lui relever le menton de l’index. Je l’imagine me souriant, le visage dissimulé sous la couette, emmêlant ses doigts dans mes cheveux, les ébouriffant en riant, ses pieds glacés contre mes jambes, me faisant sursauter. Je m’imagine lui dire mes doutes, mes peines et mes joies, lui ouvrir les bras, nu, et la laisser accéder au plus profond de mon âme, pour qu’elle m’offre sa douceur.
Mes lèvres frôlent les siennes avant de glisser vers sa joue. Je ne sais pas si son sourire dissimule de la surprise, de la déception ou de l’indifférence. Après tout, un sourire peut habiller et masquer beaucoup de choses, comme celui que je lui adresse, avant de me détourner d’elle.

D’ici que je dépasse les bornes, y a pas des kilomètres…

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Ma Femme d’abord. Sa petite main dans la mienne dans les quartiers de lyon, les quais, la gare. La foule, compacte. Des étudiantes appétissantes en robe légère qui rentrent chez elles, des familles aussi encombrées de bagages que des sherpas himalayens qui partent pour la campagne, des militaires à l’air demeuré qui froncent les sourcils pour déchiffrer leur billet. Je l’entraîne dans un parc, elle me suit avec son regard de voyageuse.

Je déballe mes affaires comme un gitan en prévision de couchage dans le parc. Les rigoles de sueur font la course dans mon dos en provoquant des frissons quand elles parcourent mes omoplates. Je m’installe en soufflant. Vise la compagnie : une mère édentée et ses trois marmots à queue de rat, une pouf vulgaire et grasse qui exhibe un nombril percé d’un truc imitation diamant, un caïd à chaîne en or et écouteurs Beats qui reluque déjà la donzelle en bombant le torse. Je me plonge dans mon téléphone pendant que ma dame va explorer le parc.

L’aire de jeu : un tapis élimé malpropre et malodorant sur lequel des clodos ont dû passer la nuit. Les trois fils de l’édentée se roulent les uns sur les autres en se traitant de fils de pute. J’attrape ma dame et lui dit de venir me raconter ce qu’elle as vu.

Le temps passe lentement, je surveille fiévreusement le caïd et la pouf qui n’en finissent pas de se chercher. L’édentée biberonne une bouteille opaque pendant que ses trois gamins décident de faire un remake de l’attaque du train postal.

Je prends la résolution silencieuse de fuir la ville la plus rapidement possible.

Ses slips en dentelles évitent l’éclipse de sa lune.

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La journée avait été épuisante : deux présentations à faire d’urgence, une boss sur mon dos en permanence, associé à une équipe plutôt casse-burnes. Le grand jour des escalades client, et je passais ma vie au téléphone avec des DSI efféminés hystériques, des directrices de service technique qui connaissaient moins leur boulot que ma stagiaire et des alternants sous coke qui me prenaient pour un imbécile en diagnostiquant de la merde.

Porte claquée, l’appartement plongé dans l’ombre, je jette mon casque sur le lit qui remplie la moitié de la chambre et propulse d’un coup sec ma chaussure droite vers le porte manteau. La chaussure gauche ne tarde pas à suivre, se faufilant miraculeusement entre les deux VTT qui composent l’essentiel de mon capharnaüm.

Je la cherche des yeux en enlevant mon manteau et en le laissant tomber dans le couloir. J’ai besoin d’un verre. Je suis sur le point de m’époumoner quand elle finit par pointer le bout de son nez – que je trouve, comme d’habitude, fort joli – en arrivant de la cuisine en souriant.

Au moment de passer la porte du salon, elle me plaque contre le mur. Je ne proteste pas trop vu que je suis plutôt pour ce qui est en train de se passer…C’est passionné, c’est rock, c’est un peu tendre aussi. On se regarde comme deux cons. Nous sommes en Vacances.