J’ai voulu reprendre du poil de la bête mais elle s’est épilée.

Il est déjà 17h, le Bus démarre dans quelques secondes, des amoureux s’embrassent sur le trottoirs, des enfants tirent la langue derrière les vitres et je n’ose pas regarder le visage de la femme qui vient de s’asseoir en face de moi. Je bois une gorgée d’eau pour me donner une contenance. Je me demande si sa peau est douce.

Je me souviens avoir reconnue une amie, comme on se retourne brutalement dans la rue en croisant une silhouette remarquable. Grande, mince, une gueule d’actrice, un regard caché derrière de belles lunettes, des amis en commun, j’étais déjà intrigué et l’envie d’en savoir plus a eu raison de ma réserve sociale masculine habituelle. La conversation pouvait commencer pour le plaisir de la découverte. L’espoir des prémices, cette phase intense ou l’on peut passer une journée entière à se dire des banalités et laisser tout tomber autour, oublier de bosser, de déjeuner… elle n’existait pas au quotidien mais je ne voyais que elle. Mes journées étaient rythmées de mots, de photos, pas le temps de souffler, je savais trop l’éphémère de la situation, elle savait trop la rareté de ces moments. Quand deux inconnus ressentent l’évidence.

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J’ai un trac de bachelier, je sais que ce soir je vais la croiser à cette soirée où tout le monde veut être invité. Nos bouches n’ont pas attendu d’entendre le son de nos voix qu’on s’était réservé pour cette première fois. Le baiser fût long, je n’ai plus aucun souvenir de cette soirée, du trajet. Téléportés dans ce hall d’hôtel, les tapisseries se succèdent, différentes à chaque étage, son tee shirt au sol, des nuages, sa jupe remontée sur ses hanches, des fleurs, mon torse nu contre ses seins. Sans vêtements ni pudeur, la porte de la chambre 601 se referme derrière nous… Bienvenue au Paradis des amoureux d’une nuit ou d’une vie.

L’éphémère dure maintenant depuis plusieurs années… Ce fût un plan Kulte plein d’avenir.

Je lui écris des vers pour qu’elles y boivent mes paroles.

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Elle est tombée amoureuse
Elle s’est relevée âme heureuse
Elle s’est couchée langoureuse
Elle s’est levée langue heureuse

Ta petite tête vient se frotter contre la mienne, elle finit par se caler dans mon cou comme pour y trouver refuge.
Tu effaces par ce geste tout ce que le monde a de mauvais, comme si le fait de te blottir contre moi nous enfermait dans un cocon d’insouciance. Il ne reste à cet instant que nous deux et la douceur de tes cheveux de femme qui glisse sur ma peau, tes petits doigts qui enserrent les miens et tes yeux curieux de tout.
Tu me regardes.

Ton visage s’illumine alors d’un sourire instinctif, indispensable, tes yeux se plissent et ton visage prend des airs d’universalité.

Tu me tapotes sur le torse, je suppose que ça veut dire que tu es heureuse, ici avec moi. Je me rends compte combien ces moments sont précieux, je les sais évanescents et moi si éphémère.

Oublions ce qu’il adviendra. Profitons de maintenant, de cet instant où tu te frottes les paupières rongées par le sommeil auquel tu tentes en vain de résister. Tes petits yeux se ferment pour de bon, ton souffle se fait plus profond.
Je tiens à toi.

Une soirée, une campagne, une histoire: Soirée des R&T d’Auxerre.

Notre voiture progresse lentement dans un chemin de terre, les formes opaques des collines de Vermenton dessinent des masses sombres et inquiétantes. La seule lumière présente est celle du plafonnier, jaune et diffuse de ma défunte 206 HDi.

De temps en temps, on s’arrête, on coupe le moteur, et on tente d’entendre l’écho des guitares dans la nuit qui nous guiderait sur le chemin de ce qu’on appelle d’ores et déjà une glandouille partie. Une lumière fragile clignote répétitivement et provoque des cris de joie, on y est, plus que quelques centaines de mètres.

On croise d’autres voitures de temps en en temps, et, à flanc de colline, en face, des phares en pointillés tracent un bandeau noir, comme une piste d’atterrissage. On ne tient plus en place. Ça fait un moment qu’on tourne en rond, le coffre chargé, l’euphorie commence à faire effet.

Arrivés sur place les amis peuplent un parking sauvage en pleine lisère de forêt.
Un comptoir à alcool est improvisé dans un coffre de voiture ouvert.

Un vendeur à la sauvette crient à qui veut l’entendre des « COLOMBES BLAAAANCHE » « SUPERMAN »…
On ne tient plus, on veut danser, chanter, manger, dormir, courir, hurler… On passe devant quelques gars qui prépare un barbecue de la taille d’un buché… Et, on s’enfonce dans une grande tente.
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 Sourire aux lèvres, corps trépidant de vivre des moments enfiévrés et de se perdre dans les rythmiques musicales. On oublie tout, on a l’impression de vivre un truc unique à chaque fois, d’être une communauté de glandouilleur de R&T d’Auxerre 2009, c’est notre conviction.
Les heures passent mais je ne m’aperçois de rien.

La tête penchée en arrière, le regard tourné vers un ciel scintillant de millions d’étoiles, mon corps se détend, l’esprit aussi. Je ferme les yeux, et dans une grande inspiration, je sens mon coeur prêt à éclater. Sous ma peau, des picotements dessinent un sourire représentatif de la joyeuse défonce que je suis en train de vivre.

Je me suis réveillé frigorifié, frémissant, la peau sale, les yeux vitreux, (la mâchoire serrée). Ma carcasse endolorie marche droit vers un soleil inquisiteur, je me sens coupable de quelque chose d’indicible. C’est la descente, le bad trip fait son entrée.

Le premier baiser est un échantillon d’amour, mais il n’est pas gratuit.

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Elle n’est pas pour toi… Cette rengaine comme un grésillement.
Un simple regard, deux mains qui se frôlent, un parfum iodé, quelques mèches blondes, un sourire qui en dit long, il en a fallu de peu et c’était une tragédie. Un bon vieux Flaubert ou du Shakespeare, la liaison qui te plonge la tête bien profond au fond du bain.

On a le don pour se retrouver là où il ne faut pas, aller droit dans le mur, se faire prendre bien fort le coeur. Ça n’a pas commencé et ça fait déjà mal, croiser l’envie et elle contamine, cette petite salope. Elle est tout ce qui rend dingue juste parce qu’on ne peut pas l’avoir, parce qu’elle ne court pas après, regarde à peine mais juste comme il faut, vers un corps, une odeur, un souffle. Elle est prétentieuse, compliquée, presque hautaine et on adore ça.

Elle est un démon dans un corps parfait, sculpté, affûté, qui ne laisse aucun survivants, ni le cerveau, ni la chair, tout y passe. L’envie c’est toi, c’est moi. C’est nous qui la nourrissons. Il suffit de fermer les yeux.
Et c’est pire. Elle nous bouffe.

Ma Femme veut que je la fasse rêver. Je lui ai donné un somnifère, là elle dort. J’espère que ça marche.

Pendant ce temps là, parlons Sport Méca.
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Bien sûr, nous avons tous nos propres raisons de suivre les sports mécaniques, et cela commence par une certaine fascination pour les marques, les teams et les véhicules, quels qu’ils soient. Leur simplicité pure, ou au contraire leur sophistication extrême. Leur caractère innovant ou ramenant à de bons souvenirs d’antan. Leur allure, leur son, leur odeur.
 
Mais ce qui rassemble aussi clairement, dans les temples que sont les circuits, autour d’un verre ou derrière les types d’écrans toujours plus variés, c’est, pour beaucoup, le facteur humain de la compétition. L’erreur. L’incertitude. La prouesse. L’échec. Le décrochage. Le comeback ! La fougue. La sagesse. Les émotions. Le collectif. L’individuel. La petite phrase ! Le rictus. L’essoufflement dans la communication radio. L’implacable démonstration. La contre-performance. L’excuse. La passion. L’ironie. En un mot, l’humain.

Être et avoir été, naître pour pouvoir téter.

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Je dessine un cercle dans le sable, premier acte de civilisation.
Ce cercle, c’est le monde, c’est le soleil et la lune, c’est la ronde des saisons, c’est le sein de la femme et son ventre qui saigne, c’est les bras dont j’entoure ceux que je protège, c’est la muraille que je dresse entre nous et eux. Mais ce cercle dans le sable est avant tout cela le lieu où allumer la flamme. Il y a tant de rêves à nourrir, à réchauffer, à réaliser, à trahir.

J’ai tracé le cercle d’un doigt, l’ai entouré de pierres, y ai invoqué la lumière : un astre de main d’homme, premier acte de civilisation.

Je m’avance peut-être, mais il faudrait prendre du recul.

J’étais en train de me faire la réflexion que la langue française était riche et imagée, même son argot. On dit « avoir les boules » et l’expression a un sens, les boules ne sont pas choisies au hasard, on ne dit pas avoir le triangle, avoir les cubes ou les losanges, on dit avoir les boules et effectivement elles sont bien là, logées dans la gorge, rondes, lourdes. Pour être tout à fait précis, je n’en sens qu’une, j’ai la boule, mais après tout peut-être qu’il s’agit de deux boules réunies dans une même poche dont je ne distingue pas le contenu, comme deux testicules dans un scrotum.

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J’avais les boules, donc, et un intérêt soudain pour les expressions imagées, et je me suis dit tiens c’est marrant, j’en ai plein le dos aussi, en voilà une autre bien trouvée, en avoir plein le dos c’est très concret, c’est avoir le dos à la fois courbé et raide, tendu comme un arc plié, et il y avait aussi mon cou qui déconnait, alors j’ai cherché une expression imagée avec « cou » et je n’ai pas trouvé, rien pour dire le cou qui grince à chaque mouvement, comme pour empêcher de faire « non » avec la tête

J’approchais à grands pas trainant du métro, à pas grands et sans charme, c’est ce que je me suis dit en croisant mon reflet, j’ai même pensé que c’était fou de réussir à marcher avec si peu d’amplitude, en changeant si peu de hauteur de tête, je veux dire je ne m’arrêtais pas de lever un pied puis l’autre et ainsi de suite, et pourtant ma tête restait exactement à la même hauteur, figée, montée sans articulation sur un cou qui grinçait.

J’avançais dans mon trajet mais pas dans mon raisonnement, je ne voyais pas vraiment d’issue, la vision à plus long terme que j’avais c’était celle de m’engouffrer dans le métro.

Autour de moi tout était renfrogné, les immeubles, les rues, les gens, comme si on partageait tous les mêmes tourments.

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Et puis au détour d’une rue, elle a déboulé. Avec une veste rouge et les cheveux mouillés ; Pas vraiment belle, pas vraiment laide non plus, mais ce n’était pas la question, la question c’est qu’elle avait les cheveux mouillés et l’air visiblement en retard, elle marchait vite et sa tête montait et descendait à une amplitude correcte, et du moment où elle est arrivée dans mon champ de vision le monde a changé de tête.
Elle était différente de tout ce que j’avais vu ce matin. De profil d’abord, puis de dos, puis de loin, il y avait comme un halo de légèreté autour d’elle, une sorte de vulgarité charmante, elle donnait l’impression de ne pas s’encombrer et on ne pouvait que l’envier, cette faculté là, cette posture qui disait que les choses lui passaient un peu « là » (signe de la main au-dessus de la tête), qu’elle prenait les choses à la légère, même les graves, qu’elle était de celles qui disaient « bon arrêtons de nous prendre la tête » et qui recommandait un verre en passait vraiment à autre chose, elle portait tout ça dans sa démarche et laissait ça dans son sillage, et on avait qu’une envie c’était de marcher juste derrière elle pour régler nos pas dans les siens.

Avec ses cheveux mouillés et son manteau qu’elle n’avait pas eu le temps de boutonner, avec son air contrarié et sa moue boudeuse, elle distribuait à la volée tous les ingrédients pour transformer les tourments en simples contrariétés, pour relever légèrement le menton, pour gagner de l’amplitude dans les mouvements, pour souffler « c’est la vie » en la respirant à plein nez, et pour qu’en quelques secondes le printemps redevienne le printemps.