Un chagrin, c’est du bonheur trop sûr de lui, qui s’est cassé la gueule.

Les gens qui s’aiment se sont aimés parce qu’il fallait qu’ils s’aiment. C’est comme ça, comme une évidence, on se rencontre et paf, il se passe un truc qui fait qu’on s’aime. On peut aimer pour plusieurs raisons et parfois pour les mêmes, souvent pour les mauvaises. On peut aimer plusieurs fois, de différentes façons, avec des intensités variables, mais on aura aimé au moins une fois.

J’ai aimé souvent, avec beaucoup de souffrance, de maladresse, d’un amour naïf, déraisonnable. L’amour qui fait mal parce que pas abouti, unilatéral, espéré.

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Dans mon café noir, mon sucre sombre.

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Sombre petite merde, t’es fier de toi avec ta tronche de petit Nicolas assis au premier rang des immondices ? Je voudrais t’énumérer toutes les raisons qui font que je te méprise au plus haut point mais je vais commencer par tes petites lâchetés ordinaires, comme quand tu te dépêches d’entrer dans les transports en gênant ceux qui descendent pour avoir ta putain de place assise. Ah, tu t’en occupes bien de ton cul pour lui donner un maximum de moelleux. Qu’importe s’il y a une personne âgée, dans le plâtre, enceinte ou je ne sais quoi d’autres qui justifierait qu’elle soit assise et toi debout. Tu prendras bien soin de retourner la tête pour faire comme si tu l’avais pas vue en espérant qu’elle ne t’implorera pas du regard de lui céder ta place si sournoisement gagnée. T’arrives à te regarder dans un miroir sans avoir honte ?

T’es du genre à te garer en double file alors qu’il y a une place vide à côté mais t’as la flemme de faire un créneau et aussi parce que t’es un connard de première. Dommage que la connerie soit pas une maladie, tu serais déjà six pieds sous-terre mais t’es tellement con que même la sélection naturelle veut pas de toi. T’es le genre de mec méprisable qui passe au feu orange avec ta voiture de branleur et qui se retrouve coincé sur le passage piéton à faire chier tout le monde. Ta voiture est à l’image de ta bêtise, une grosse caisse que tu crois être le prolongement de ta bite.

Tu me fous les boules avec ton envie d’être mieux servi que par toi-même, ton besoin maladif d’être premier partout, une orgie de lâcheté pour ton confort ordinaire, comme quand tu essaies de gratter des places dans une file d’attente, ta façon de te jeter sur les petits fours dans un cocktail comme si t’avais pas bouffé depuis 6 mois, comme quand tu craches sur tes collègues pour te faire bien voir de ta hiérarchie, un vrai menhir de dégueulasserie. T’es là, figé comme un con à me laisser t’insulter et ta seule réaction c’est cet air débile de papillon devant un lampion, on dirait que tu prends plaisir à te faire traiter comme une merde. On dirait que tu t’es découvert…

Cet instant douceur vous était offert par mes soins, faites-en bon usage

Réveil. Penser à changer cette sonnerie. Il doit y en avoir des dizaines différentes dans mon portable, certaines quasiment mélodieuses, et j’ai choisi celle qui donne autant envie de se lever que de se mettre au garde à vous pour la Marseillaise chantée par Mireille Matthieu. Il faudra que je m’interroge sur cette tendance matinale au masochisme.

Douche. Il m’arrive souvent de me demander comment je suis arrivé jusqu’ici. C’est comme un second réveil, mais le vrai cette fois-ci, définitif. Oui c’est ça, le premier met en marche mon corps, machinalement. Le suivant s’occupe de mon moi intérieur, celui qui a une conscience – ou essaye d’en avoir une.

Les gouttes sortent de la pomme de douche et viennent s’écraser sur ma peau comme on frappe à une porte, alors je sors de ma léthargie et j’ouvre.
Ce matin, je fais un pas de plus dans ma réflexion – comme quoi. Je comprends désormais qui sont tous ces gens que l’on croise la journée et qui ont constamment l’air de zombies, mal réveillés : ce sont ceux qui prennent leur douche le soir, pas le matin, ceux qui ont le corps ON et l’esprit OFF. J’espère au moins que leurs soirées sont actives…

Fenêtre. Mon premier contact avec le monde extérieur est très progressif et se fait à mesure que je relève le volet roulant. Effet deux en un, je fais entrer la lumière et je fais mon sport en même temps. Du moins celui de mon biceps droit qui s’excite sur cette manivelle qui m’est toujours apparue d’un autre temps. Les volets électriques ont ceci de positif qu’ils ont rendu tout un tas de gens moins ridicules dans leur gestuelle de début et de fin de journée.

Quelque chose a changé dans la cour de mon immeuble ce matin et il me faut quelques secondes pour comprendre qu’ils n’ont pas refait la déco dans la nuit mais qu’une bonne couche de neige est tombée. Ca lui va plutôt bien à ma cour.
Café. L’observation du dehors en détermine la dose. Beau temps : petit café. Froid : grand café. Je vais peut-être avaler un thermos ce matin…

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Sur BFM, la neige semble être l’événement de la décennie. Ca doit bien faire dix minutes qu’ils sont là-dessus. La déclinaison des sujets autour de ces quelques flocons me fascine : difficultés de circulation, séquence bêtisier avec des piétons qui chutent, la polémique redondante « pouvait-on prévoir » accompagnée du non moins célèbre « que font les pouvoirs publics »… Et dans tous les cas, on grogne. Ceux qui se plaignent de la routine sont les mêmes qui râlent quand un événement change un tant soit peu leur quotidien.

Dehors. Moi j’aime bien. Ceux qui ont la chance de ne pas se ramasser sur le trottoir marchent tous comme des pingouins.
Et ce matin, ce paysage m’ira très bien, à la fois connu et nouveau.

La ville, tu ne la regardes plus quand tu y vis, sauf quand on te propose de la voir autrement. Alors aujourd’hui, je ne râlerai pas et je garderai les yeux ouverts.

La foule, la sueur, le bruit. C’est ma dernière beuverie de l’été.

Ce moment où ton ivresse te permet de dépasser le stade de la conscience de soi. Au-delà du bien et du mal, l’estomac vidé, mais le sang encore saturé d’alcool, la tête déconnectée du reste de ton corps, flottant dans l’éther. Ce moment où la simple évocation mentale d’un rire te fait pouffer, où tu as l’impression d’avoir les yeux écarquillés alors qu’ils sont mi-clos, où tu te tiens bien droit en imagination, alors que tu tangues comme un pied de maïs en pleine tempête, où tu trouves que les deux mecs à côté de toi n’ont vraiment plus aucun contrôle sur leur coordination, alors qu’ils ne sont que ton reflet déformé.

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Mon amour va croissant dès que tu m’en apportes.

Tes paupières qui dévoilent tes yeux, irrégulièrement. Mon regard qui traque le tien, sans relâche. Je veux envahir ton champ de vision, je veux te détourner cette vie folle, de ces appareils de haut technologie, de tes soucis pro, que tu ne voies que moi, celui qui sera ton gardien, ton défenseur, ton guide dans notre vie. Je murmure des prières. Je tente de remettre de l’ordre dans le chaos. Je pense au meilleur et crains le pire. Je réduis en miette mes peurs et les utilise pour forger une certitude, un serment, qui sera la pierre angulaire du reste de ma vie. Soudain, je passe mes doigts sur ton visage, dans tes cheveux. Je souligne tes sourcils, ton nez, je suis la courbe de tes joues, je lisse tes cheveux. Cela à l’air de te plaire. Je reproduis le geste pendant les heures qui suivent, jusqu’à m’en rendre l’épaule douloureuse.

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Le salon, faiblement éclairé par une petite lampe sur pied. Il est minuit, ou à peu près. Tu cherches à enfouir ton visage sous mon bras. L’odeur sucrée de tes cheveux. La douceur de ta joue contre mon cou. Tu glisses et te cales contre le coussin. Tu t’endors sur mon ventre pendant que je bascule d’avant en arrière en regardant les lumières s’éteindre une à une par la fenêtre.

Assis sur le canapé, des papiers répandus partout sur la table basse. Je lis les documents et les annote rapidement. C’est le week-end, je suis pressé d’en finir. Tu gigotes partout autour de moi, de temps en temps, je jette un petit coup d’œil pour vérifier que tu n’es pas en train de manger les chocolats sans moi. Je t’entends me demander si je veux un shampoing. Tu t’assois sur la tête du canapé. Tu mets tes mains dans mes cheveux et tu me masses le crâne pendant que je répète ma présentation du lendemain.

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La rue, le trottoir encrotté, nous slalomons avec la dextérité de l’habitude. Nous sommes en retard. Tu trottines en babillant. Tu ne t’arrêtes jamais de parler. Je t’écoute distraitement en me demandant si je ne vais pas arriver en retard à ce rendez-vous. Je hum-hum pour t’encourager à finir ton histoire. Le dernier passage piéton avant le bureau. Je tends la main et rencontre la tienne, que tu as déjà levée sans même me regarder. Mon pouce dessine des cercles sur ta peau pendant qu’on traverse. Tu continues ton histoire tandis que je me dis que ma carrière survivra bien à un petit retard.

Le soir venu, je suis presque aussi fatigué que toi. Je pose le livre sur la table de nuit ou la manette de Gran Turismo Sport et éteins la lumière. Tu t’enfonces sous la couette et je sens tes mains se glisser entre le matelas et mon corps, comme s’il fallait les mettre en sécurité, dans cette chambre plongée dans le noir. J’écoute ta respiration régulière qui me berce, même après que tu te sois endormie. Les yeux grands ouverts, je devine les formes qui peuplent ton univers et je laisse la journée s’évanouir petit à petit. La main sur le front, apaisé, je me dis que, décidément, l’amour n’est pas aveugle, mais muet.

 

Une grosse maîtrise de la langue, un énorme contrôle stylistique et pour ne rien gâcher, un joli petit cul.

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Au bord du canal, elle et moi, nous tenons debout, à quelques centimètres l’un de l’autre. Nous nous sommes éloignés l’air de rien du groupe d’amis ivres morts. Notre discussion est simplement banale.

Pourtant elle m’a suivie quand je me suis écarté, elle est là, en face de moi, tout proche. Je recule d’un pas pour m’adosser à l’arbre derrière moi. elle s’approche d’un pas. Dans cet espace intime qui n’existe que dans une soirée bondée ou dans un rapprochement amoureux.

A cet instant, ce qui va arriver ou pas n’a aucune importance.
Je suis juste moi. Sans excès. Sans abus.
Moi en Jeans et Tshirt déchiré.
Elle en mini-short et baskets à scratch.
Je n’attends rien.

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Je sens son parfum. Comme je lui dis qu’elle sent bon, elle m’invite à m’approcher. J’approche mon visage, tout près de son cou puis recule de quelques centimètres. elle s’approche à son tour. Nos lèvres s’effleurent. Je recule de quelques centimètres. Nos regards se croisent, nos sourires se répondent. Je m’approche, elle s’approche. Nos lèvres se touchent. Doucement. Chastement. Délicatement.
Elle recule, je m’approche. Encore.
Et nous nous éloignons. Probablement à jamais.
Et ça n’a pas d’importance.

Mon cœur est ailleurs.

Antidaté…de 10 ans déjà !

Une seule capote vous manque, et tout est repeuplé.

Une femme s’enrobe, sans robe, se dérobe.

La stagiaire poupée s’achète une nouvelle paire de talons qui donne à tout hétéro de base, l’envie de lui attraper les chevilles, de lui écarter ses jambes au maximum et de lui donner le compte.

C’est plutôt signe de qualité pour un nouvel achat, non ?!

Plus humainement, je me demander à quoi peuvent bien rêver les poupées.
C’est une poupée. Une petite poupée au teint de porcelaine, aux lèvres rouges et aux cheveux mal coiffés. Une poupée aux mains abîmées, à force d’avoir été trop souvent chahutées. Une poupée cassée qui a du mal à marcher, tant les cahots de sa vie de poupée l’ont marquée et désaxée.

Comme toutes les poupées, elle arbore un joli sourire distrait, un air absent difficile à cerner, de grands yeux fixes dans lesquels se noyer. Comme toutes les poupées, elle adore les enfants, les animaux, elle les appelle et les attire, les fascine et les fait se retourner. Comme toutes les poupées, elle a du mal à s’exprimer, préférant dire oui ou non sans développer et regardant ailleurs quand on lui demande de s’expliquer.

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C’est si difficile de deviner ce qui se passe derrière le front lisse et blanc d’une poupée. Pourtant, elle m’a donné un aperçu de ses Merveilles. Un univers de dessins et d’images, un univers où les poupées sont brossées au pinceau, un univers où elles s’allongent, grandissent. Un univers où le rire éteint le doute, le jeu étouffe la peine, les baisers soignent les blessures. Un univers où le terrible est tapi derrière le merveilleux, où les nuages ne sont jamais loin du soleil, et où le tonnerre gronde déjà au moment où la brise nous caresse le visage. Un univers où le lapin blanc est impossible à attraper, où les chats sont plus prompts à griffer qu’à sourire, où les reines portent un masque de gentillesse, mais n’hésitent pas à hurler et décapiter.

Elle n’est pas si vieille, pour une poupée, mais son mécanisme est usé. Il lui a fait répéter et répéter et répéter encore les mêmes motifs, les mêmes mouvements de poupée. Toute sa vie de poupée, elle a voulu être caressée et serrée comme une poupée, mais a été éreintée par des gestes trop brusques. Toute sa vie de poupée, elle s’est relevée et s’est fièrement remise en route, jusqu’au prochain cahot sur sa route. Toute sa vie de poupée, sa porcelaine s’est fissurée et ses gestes se sont peu à peu saccadés, jusqu’à en perdre leur rythme et leur sens. Toute sa vie de poupée, elle a obéi à son mécanisme, répondant oui ou non sans développer et regardant ailleurs quand on lui demande de s’expliquer.

Lorsque cette poupée m’est arrivée, j’ai eu envie de la protéger, de la caresser et de la serrer comme une poupée, d’adoucir ses gestes, de recoller les fissures de sa porcelaine et de réparer son mécanisme, pour lui éviter de se détraquer et de continuer à se répéter.

Ne sachant pas quelles pouvaient être ses réactions de poupée, j’ai décidé de lui parler, de lui annoncer à l’avance et en douceur le moindre de mes gestes, de faire en sorte d’éviter de la heurter.

Alors je l’ai caressée, comme j’imaginais qu’une poupée aimerait être caressée, maladroitement, sans trop savoir dans quelle direction avancer. La poupée, désormais mienne, a eu l’air d’aimer. Elle a glissé sa main sous la mienne.

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Alors, je l’ai serrée, comme j’imaginais qu’une poupée aimerait être serrée, et étrangement, son corps s’est coulé contre le mien sans hésiter. Mes mains sur son visage, pour éprouver la porcelaine, mes bras autour d’elle, mon souffle dans ses cheveux de paille, elle sentait le renfermé, comme une poupée qui n’avait pas vu le soleil depuis trop longtemps, mes lèvres sur les siennes, un baiser doux, furtif, léger, un baiser de poupée.

Je ne comprenais plus son mécanisme de poupée, qui la conduisait à répéter et répéter et répéter encore les mêmes motifs. Elle s’est détournée, me considérant sans doute comme un cahot de plus sur sa route de poupée, un cahot qui l’avait désaxée un peu plus, un cahot supplémentaire sur son destin de poupée qui finirait brisée et remisée. Derrière son front lisse et blanc de poupée, le chaos a germé et elle a décidé de dire oui et d’encore se laisser fissurer. Pendant un temps, j’ai voulu la garder, et j’ai déposé devant elle des questions qui appelaient des réponses non fermées. Des locomotives qui appelaient des wagons de mots autres que oui ou non, des points d’interrogation qui appelaient des peut-être, mais, obéissant à son petit mécanisme de poupée, elle a regardé ailleurs, croyant sans doute que je lui demandais de s’expliquer.

Si bien que j’ai saisi la page pour la tourner.

Si bien que, de temps à autre, il m’arrive encore de me demander à quoi peuvent bien rêver les poupées.